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Lydie Laigle Directrice de recherche au Centre scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) a présenté les grands enjeux de la transition écologique à l’échelle des territoires, à l’occasion d’un webinaire organisé le 24 novembre dernier. Après avoir défini la notion de transition, Lydie Laigle a proposé de s’interroger sur l’articulation entre les politique mises en place par les collectivités locales pour répondre au défi du changement climatique et les initiatives portées par des citoyens ou acteurs du territoire.

Transition, résilience et ruptures

La notion de transition prend place dans la notion de résilience.

Elle intègre des éléments de rupture :

  • Comment changer de mode de développement pour réduire la dépendance énergétique et alimentaire, retisser des liens avec les ressources et compétences locales ?
  • Comment rééquilibrer les interactions entre activités humaines et pérennité des écosystèmes, reconnecter les êtres humains entre eux et avec les milieux qu’ils habitent ?
  • Comment partager des savoirs, des expertises citoyennes et scientifiques pour éclairer les controverses environnementales ?
  • Comment impliquer les acteurs et les citoyens pour co-construire les chemins de transition ?

Les citoyens sont des acteurs incontournables de la transition : sans changement des modes de vie et sans implication des acteurs du territoire, il ne peut y avoir de transition écologique. Comment articuler les mouvements citoyens bottom-up aux politiques publiques top-down ?

Des politiques publiques descendantes qui ont du mal à susciter des changements de comportements des citoyens

Historiquement, la politique des collectivités locales par rapport au changement climatique est d’ordre stratégique et planificatrice. Depuis 2010, les plans climats sont devenus plus articulés entre des domaines d’action qui relèvent de la collectivité : urbanisme, habitats, transport, environnement. Les politiques publiques restent néanmoins relativement descendantes et ont du mal à intégrer et susciter les changements de comportements et d’usages des citoyens.

Les mouvements bottom-up de transition citoyenne communiquent peu avec les stratégies portées par les collectivités. On observe deux mouvements en parallèle, en raison de cultures sensiblement différentes :

  • Du côté des collectivités, une culture relativement normative, fondée sur des critères d’évaluation de l’action. Une évolution vers une gouvernance plus délibérative, en raison de la complexité des questions traitées telle celle du changement climatique
  • Du côté des des associations et des start-up, une culture de l’expérimentation, de l’émulation, de la mobilisation, de l’éthique du rapport au milieu, de l’horizontalité du champ des décisions et des possibles  autour d’une démocratie directe et participative

L’opinion publique se mobilise plus fortement en faveur de la lutte contre le changement climatique, comme le témoignent les marches pour le climat, le mouvement de la jeunesse, la multiplication des porte-paroles (artiste, fondations humanitaires, associations), les pétitions (exemple l’Affaire du Siècle signée par 2 millions de personnes). Les citoyens s’impliquent de plus en plus, mais à des niveaux différents, en modifiant à la marge leurs comportements (alimentation moins carnée, déplacement vélo, jardinage…), sans que ces initiatives connaissent une montée en échelle et soient articulées à celles menées par les collectivités publiques.

Les initiatives citoyennes sont souvent émiettées, mais en prise avec le territoire et ses potentialités à évoluer, les membres associatifs et les acteurs de l’économie sociale et solidaire ayant une bonne connaissance du territoire.

Comment articuler ces mouvements citoyens bottom-up et politiques publiques plutôt top-down ?

Renforcer les synergies et interactions entre initiatives citoyennes et politiques publiques : principaux défis

Les collectivités locales et leurs groupements ont un rôle à jouer pour soutenir les trajectoires post-carbones, tout en prenant en compte les situations vécues et les contraintes de vie, mais aussi les conditions vitales d’existence en lien avec la survie des écosystèmes.

Face aux nombreuses attentes et à l’urgence d’agir, il convient d’identifier les avancées déjà entreprises et le reste à faire, les axes à approfondir pour répondre aux défis du changement climatique :

  • intégrer les questions énergétiques et climatiques à leurs autre domaines de compétences : urbanisme, déplacement, environnement,…
  • prendre en compte l’attachement des habitants aux territoires, aux paysages, à l’intégrité environnementale, voire à l’éthique environnementale
  • arrimer les trajectoires bas carbones aux initiatives des acteurs des territoires, à leurs compétences et potentialités d’agir. S’adresser directement à ces acteurs pour les enjoindre à proposer et coconstruire des actions avec le soutien des collectivités
  •  fédérer les systèmes d’acteurs pouvant jouer un rôle dynamique dans la transition écologique
  • accompagner le passage à l’acte (dans la rénovation énergétique, l’adaptation au changement climatique…) en tenant compte des freins et leviers d’action aux changements de comportements et manières de co-construire les politiques : en s’appuyant sur les initiatives citoyennes et des acteurs des territoires dans le domaine de la transition écologique
  • mettre en place une gouvernance plus participative : échange sur valeurs, intérêt général local et global, justice socio-environnementale.
  • bâtir des partenariats avec ces acteurs pour soutenir la mise en œuvre des actions de transition.

Les conseils de développement, aux côté des élus et au service des territoire, ont pleinement leur rôle à jouer pour contribuer à ces différents défis.

 

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